Il faut bien s’y coller

21 septembre 2008

Bon. Je ne sais pas trop par où commencer.

Déjà, ce blog ne tournera plus, pour la simple et bonne raison que Renard et moi nous sommes séparés il y a de ça deux semaines. Plus d’amour, plus de passion, voilà, c’est tout. Nous restons bons amis mais tenir un blog co s’avère plus compliqué. D’autant plus qu’il travaille beaucoup et n’a pas beaucoup de temps à accorder au blog. Je vais m’en recréer un à moi quand j’aurai le temps.

J’ai emménagé il y a deux semaines sur Paris. Je prends mes marques, je visite, je rencontre beaucoup de gens, j’ai décidé de participer à une association LGBT le vendredi, bref, j’apprends à vivre seule. Je n’ai ni le net, ni la télé. On a beau dire, on s’y habitue à ces foutues technologies et parfois le soir c’est un peu la crise de me retrouver face à moi-même sans avoir grand chose à faire. Alors je sors beaucoup du coup. C’est pour ça que je ne poste plus entre autres.

Je voulais juste remercier les quelques lecteurs réguliers de nous avoir suivi, qu’ils aient commenté ou pas. C’est bizarre, je suis un peu nostalgique du coup. Le fait qu’on soit dimanche soir n’arrange rien du tout évidemment. Je suis un peu triste de laisser ce blog… Beaucoup de souvenirs. Enfin bref, merci à vous. Merci pour je ne sais trop quoi d’ailleurs. Pour avoir bien voulu suivre mes péripéties indiennes par exemple…

Voili voilou, on plie bagage, on tourne une page. Il faut juste réecrire celles qui suivent. Et réapprendre à vivre par soi-même, ce qui n’est pas une mince affaire.

 Je vous embrasse tous.

Pépite.

Nouveau départ

5 septembre 2008

Tout d’abord, merci à tous pour vos petits commentaires. On se remet tout doucement Renard et moi. Nous sommes partis récupérer ses chattes chez ses parents mais la ville où ils vivent est un cimetière : plus mort tu meurs! Sans compter le temps qui nous fout encore le moral dans les chaussettes. On se laisse vivre en attendant, on attend juste que le temps passe, que quelque chose d’un peu gai nous tombe sur la tronche. Au moins en Inde, même quand il pleuvait à trombes d’eau, ce n’était jamais triste. On continuait à sortir, à ce mouiller, les gens gardaient le sourire, ce n’était jamais désagréable.

 Tiens d’ailleurs, parlons en de la mousson! Peut-on m’expliquer par quels critères on estime que la vie d’un américain vaut plus que celle d’un indien? L’ouragan Katrina avait fait d’énormes dégâts aux US et même aujourd’hui on parle encore des conséquences. On nous en avait parlé tous les jours, matin, midi et soir. Et là, le Nord de l’Inde est ravagé par la mousson et les inondations, il y a de nombreux morts, ce n’est même pas encore fini et tout le monde à l’air de s’en foutre, comme si au final, sur le milliard d’indiens, une centaine de moins ça n’avait pas d’importance. Je suis furax, les « informations » ne m’avaient vraiment pas manqué, et ce connard de Sarkozy non plus. Bref, vous l’aurez compris je ne suis pas enchanté de reprendre mes marques en France… Sûrement pas dans ces conditions en tous les cas!

Sinon, je déménage lundi dans mon nouvel appartement, un joli palace de 15m² avec WC et douche au 6ème sans ascenseur avec DEUX FENÊTRES! Avouez que c’est le grand luxe :o ) Non je plaisante je suis vraiment heureuse, je ne l’ai pas encore vu mais il est, parait-il, très gai et lumineux avec une superbe vue sur les toits de Paris. Ca fait son charme non? J’ai juste pas intérêt à oublier quelque chose à la maison et m’en rendre compte six étages plus bas! Allez, ça me fera les pieds! Et puis il est entièrement meublé, ce qui fait que je n’ai qu’à ramener mes fringues et de la déco, et c’est tout.

Je crois que depuis toute petite j’ai toujours rêvé d’avoir un chez-moi, un cocon où je puisse me réfugier, réfléchir, pleurer ou rêver, seule et loin du monde. Depuis un ou deux cette envie s’est faite croissante et je me suis aperçue que j’avais un besoin vital de cet espace qui est le mien. Pas l’appartement de Renard, ni chez mes parents non, une zone franche, un endroit où quand je dis : « je rentre chez moi/a la maison », on ne me demande pas si je retourne chez mes parents ou chez mon mec. J’ai envie d’avoir mes petites habitudes, mes marques, mon rythme de vie. J’ai envie de commencer à me responsabiliser et apprendre à me débrouiller seul. Et à affronter la solitude aussi. Bref, ce petit bout d’appart était salutaire pour moi, et j’ai vraiment, vraiment hâte d’emménager.

Et puis il y a aussi le fait que je ne supporte plus ma vie telle que je l’ai laissé. Je me sentais seule, terriblement seule, un peu  loin de tout, à toujours regarder en arrière, à toujours fouiller dans le passé. Et j’en ai marre de ça. Je veux regarder vers l’avenir, je veux vivre au présent, je veux arrêter de déprimer pour un oui ou pour un non. Les petites crises de nostalgie ça va un moment mais ça me pourrit la vie.

J’ai 19 ans, des rêves pleins la tête, la vie devant moi. J’ai tout à construire, tout à tracer, des parents qui ont les moyens de me soutenir financièrement et qui ne m’obligent pas à faire des études que je déteste. Je crois que je suis bien plus chanceuse que la moyenne, et pourtant mes copines qui galèrent ne serait-ce que financièrement sont bien plus combatives et plus optimistes que moi. Il est donc grand temps que je me sorte les doigts du cul, pour parler crûement. Et je crois que ce retour en Inde m’a appris pas mal de choses. Je sais que je suis trop geignarde et que j’attends trop que les choses viennent à moi, au lieu de me bouger pour qu’elles arrivent. Même en Inde, je comptais un peu trop sur Renard, et sur la fin j’ai fait pas mal d’effort, j’ai surmonté la gêne et la timidité pour plus aller vers les gens quand j’avais besoin d’aide. C’est pas encore ça mais j’y arrive doucement.

 Ce que j’ai retiré de ce voyage aussi, c’est la patience. C’est cela, j’ai pris mon mal en patience. Par exemple, chaque voyage mettait le double de temps que ce qu’on mettait en France (quand tout allait bien). Quand je réalisais qu’on allait rester des heures pour attendre un train dans une gare, ou un bus dans une ville, ou encore simplement d’arriver à destination, j’avais toujours dix minutes d’énervement où j’aurais bouffé tout cru le monde qui m’entourait. Dix minutes durant lesquelles je devenais excécrable. Et puis après tout s’en allait et je faisais comme faisait les gens autour de moi : j’attendais. Et même mieux : je faisais des blagues, j’en rigolais, je dédramatisais, je restais sereine le plus possible et je souriais. Je crois que les indiens n’ont pas la même conception du temps. J’en voyais souvent sur le bord de la route, qui n’avaient l’air de venir de nulle part ni d’aller quelque part : ils étaient juste là et ils regardaient le monde tourner autour d’eux, les voitures et les bus passaient. Comme dans une sorte de contemplation, en laissant le temps couler doucement… Je ne sais pas ce qu’ils attendaient. Je ne suis même pas sure qu’ils attendaient quelque chose : ils étaient juste là, c’est tout. Et d’une manière plus générale personne ne s’énerve, pas même dans les bouchons. Ca klaxonne pourtant dans tous les sens, presque continuellement, mais les conducteurs restent toujours impassibles. J’ai fini par adopter ces habitudes là, celles d’attendre sans se prendre la tête, celle de se dire qu’on finira de toute façon par arriver et que s’énerver ne fera pas avancer les choses.

A ce propos j’aimerais vous parler du train. La première fois nous étions en Sleeper Class, une classe qui coute plutot cher à cause des couchettes et du rembourrages sur les sièges. On y respire et on est pas vraiment les uns sur les autres. En fait ce que j’ai surtout adoré, c’est la deuxième fois que nous l’avons pris.

Situation : Nous revenions de Cochin et des montagnes que nous avions moyennement appréciés et nous voulions remonter à Panaji, la ville où nous étions dans l’état de Goa quelques semaines auparavant. J’étais heureuse de retrouver Panaji, on avait presque l’impression de rentrer à la maison. Nous avons été jusqu’ en bus jusqu’à Mangalore, ville sans aucun charme ni intêret (à première vue, moi finalement j’ai pas détesté) pour continuer en train. On avait choisi le train parce que le Routard indiquait 5h de route en partant en début d’après midi de route tandis que le bus en mettait 9 en partant le soir vers 21h. Le choix était vite fait. On a pas mal poireauté, comme toujours, avec tous nos bagages et on est monté dans le train une heure en avance. Nous étions en seconde classe, celle la plus basse et la moins chère. Pourtant à première vu ça nous paraissait tout à fait honorable et pas vraiment différent de la sleeper. La différence étant que les banquettes étaient en bois. On a cru s’être trompé, mais finalement non. On a donc pris place sur celle une personnes, qui se font face, pour éviter la foule sur les banquettes plus grandes. Les gens ont fini par monter et on a démarré.

Déjà, les trains indiens sont très lents et ne doivent jamais aller au delà de 70km/h. L’avantage c’est qu’on peut admirer les paysages sublimes par les fenêtres, à travers les barreaux. Moi je n’en avais pas de barreaux, alors parfois je passais carrément la tête et je prenais l’air. Si vous en avez marre d’être assis, vous pouvez aussi bien rejoindre les portes d’entrées qui restent toujours ouvertes et vous asseoir à même le sol (pas de soucis pour l’hygiène, là-bas j’ai abandonné ma parano d’occidentale, c’était mieux pour ma santé mentale) les pieds sur les marches et avoir une vue complète sur le paysage qui défile. A condition d’être prudents évidemment mais bon, je crois qu’il faut vraiment en vouloir pour tomber. 

Ensuite il y a a peu près tout ce dont on a besoin pour des prix très avantageux : samossas (hyper bons, j’ai fini par craquer!), plats chauds, boissons, tchaï et trucs à grignotter en tous genres, le tout ammené et annoncé par les marchands ambulants qui se relayent de gare en gare. C’est parfois un peu stressant et ça pousse à la consommation à mort mais c’est drôle! Laissez vous tenter si vous y aller parce que c’est finalement assez bon et bien servi.

On finissait toujours par discuter un peu avec les indiens autour de nous (faut dire qu’on était les seuls blancs). A un moment, on a même discuté avec un mec qui nous a dit que le train ne mettait pas du tout 5h mais plutot 9… On avait juste super mal aux fesses à causes de ces cruelles banquettes, mais on a patienté, comme toujours. Renard était un peu plus stressé quand même.

Une ou deux heures avant d’arriver à Margao, à trente kilomètres au sud de Panaji, là où on devait descendre, le train à commencé à se remplir à chaque fois un peu plus au fur et à mesure qu’on remontait. On a finalement rapidement compris pourquoi : le train remontait jusqu’à Bombay (ouille, les fesses!!) et les gens aussi du coup, pour assister à la Ganesha Chaturthi. On se déplaçait littéralement de toute l’Inde pour rejoindre la capitale du sud et fêter le Dieu à tête d’éléphant. Pensez donc, on était drôlement contents d’assister à ce festival national immense. Pour finir, on l’a eu dans le cul : la fête de Ganesh commençait le 3 Septembre, pour durer douze jours. Devinez quel jour on est partis? Le 3! A une heure du matin. Je l’avais bien dit qu’il fallait repartir le 4 : Renard n’a jamais rien voulu savoir (genre il reprend le boulot le lundi d’après donc il veut souffler un peu! Sans déconner merde, c’est la Ganesha Chaturthi!!). Enfin bref, à ce moment là on le savait pas donc on se réjouissait d’avance.

Autour de nous c’était étonnant, éclectique, vivant, un joyeux bordel où tout le monde gardait sa bonne humeur. Il y avait de jeunes indiens, habillés en rappeurs américains, très sympas, et puis des femmes en saree et en salwar kamiz, des hommes en doty (drap mis comme une jupe longue! Je vous raconte pas les jolis fesses que ça fait quand ils les remontent!) ou vêtus à l’occidentale, des gens d’à peu près toutes les classes du coup : les trains étaient complets, c’était donc le système D. J’ai partagé ma place avec une femme adorable que j’avais cru enceinte au premier abord. En fait, c’était pas du tout le cas (elle était pourtant très fine, mais le saree tombait bizarrement sur le ventre!) mais ça a eu l’air de la faire rire plutot que de la vexer. Elle était belle, devait avoir à peu près 35 ans et avait déjà 4 enfants. Elle parlait un anglais parfait avec un bon accent (elle travaillait dans le tourisme) et je la comprenais assez bien. On a parlé une bonne demi heure et Renard avait cédé sa place à une femme plus vieille qui devait être sa mère : elle ne parlait pas anglais, mais les sourires parlaient d’eux même, comme toujours. Elle était un peu mon ange gardien, et me disait de faire attention à moi, à mes bagages et à mes passeports. Elle était très tactile et je le suis aussi, on se touchait donc naturellement les mains ou les épaules et quand on devait se serrer un peu plus, on rigolait, on était complices, l’espace d’une demi heure. Elle m’a appris à demander un prénom en hindi et m’a dit de tenter sur Renard, qui a tiré une drôle de tête (et n’a évidemment rien compris), ce qui nous à fait partir dans un grand fou rire. Je ne pourrais pas dire : avec elle, comme avec beaucoup de gens, les choses les plus simples étaient les plus belles, les plus appréciables, les plus drôles.

C’était quand même intimidant parfois. Par exemple quelques heures plus tot le train s’était arrêté une bonne demi heure et nous étions descendu à tour de rôle pour fumer une clope avec l’avocat. Quand ça a été moi, je me suis aperçu que j’étais quasi la seule femme parmi tous les hommes descendus du train, et surtout j’étais la seule à fumer.  Je me sentais un peu observée et je me suis un peu sentie oppressée. Mais il y avait aussi deux mômes, un garçon et une fille, qui me fixaient par la fenêtre en souriant. Ils adoraient Renard aussi et étaient assez farceurs.

Bref, toute cette agitation conviviale à fait qu’en descendant à Margao, même si mon postérieur demandait grâce, j’étais vraiment vraiment très déçue de quitter cette ambiance que j’aimais tant. Pourtant à notre gare qui était assez grande, c’était la débandade : vous vous êtes déjà retrouvés à Paris un jour de grève sur la ligne 4? C’était ça, à peu de choses près : tout le monde voulait monter en même temps, évidemment sans laisser descendre personne. Quoique, lorsqu’il s’agit d’une place assise pour les 13h de voyage qui restaient jusqu’à Bombay, je trouve ça plus que lorsqu’il s’agit d’un bout de place pour dix stations de métro. Mon petit ange gardien (dont j’ai oublié le nom, j’ai déjà du mal avec les prénoms français donc les indiens…) m’a passé les bagages les plus petits par la fenêtre, et nous nous sommes serrées la main, avec sa maman, de façon très chaleureuse et émue. Je me suis éloigné à regrets du wagon et j’ai ramassé mes affaires…

Je ne vous parle même pas des paysages absolument sublimes et déroutants : des camaïeux de verts, du plus sombre au plus clair, quasi fluo lorsqu’il s’agit des rizières, avec souvent ces eaux stagnantes comme des tâches au milieu de l’herbe tendre… Sans compter les milliers de cocotiers qui frangeaient ses paysages de carte postale…

En plus, quand nous passions dans des zones où il y avait des gamins, le train était accueilli à grands cris, à grands saluts de la main. Je crois que ça reste, de loin, le transport le plus populaire, le plus convivial et le plus chaleureux de l’Inde. Et qu’il faut vraiment le faire au moins une fois : on en apprend beaucoup sur les gens…

J’ai pris avec l’appareil photo quelques vidéos des paysages (pas des gens, j’ai pas osé) pour vous donner un idée de ce qu’on a vu.

Rhalala, l’attérissage est vraiment difficile. Mais finalement tout va bien, j’y retournerai tôt ou tard, ce n’est qu’une question de temps.

 Voilou pour les nouvelles, j’espère que cet épisode du train vous aura plu :o )

Des bises,

 Pépite

Indian Blues. Bienvenue en France, pays fadasse.

3 septembre 2008

Nous sommes rentrés, après trois semaines qui m’on paru durer des années. Comme si le temps était resté suspendu, comme s’il s’écoulait beaucoup plus lentement là-bas, au pays de Gandhi.

Finalement, malgré les difficultés, l’inconfort, les rabatteurs, c’est comme si nous avions toujours été là-bas. Comme s’il n’y avait jamais eu d’avant. J’aurais bien du mal à expliquer ça, mais en Inde c’est comme s’il y avait une faille spatio temporelle avec la France. Je me sentais bien là-bas et je n’éprouvais aucun manque pour mon pays. Parfois je n’avais qu’une envie, c’était de rentrer, parce que j’étais épuisé, enervé, à bout de nerfs, de souffle… Et aussi parce que dès lundi je déménage sur Paris et que c’est une page qui se tourne, et une autre qui va s’écrire.

J’étais partagé entre l’envie de tourner cette page, et celle de prolonger ce séjour qui m’a tellement apporté.

Et puis, est arrivée la date du départ, de ce retour en France. Tout ça me paraissait si abstrait. D’autant à l’aller je ne réalisais pas du tout que j’allais en Inde, d’autant hier je me suis retrouvé dans la situation inverse. Comme si au final ces avions ne m’emmenaient jamais nulle part. Comme s’ils m’ammenaient dans une autre dimension, dans un espace que je n’arrive pas à imaginer ou à concevoir. Quand nous avons décollé, j’étais encore et malgré tout toujours en Inde. Il y avait autant d’indiens que de touristes, et notamment deux couples de belges avec qui nous avons pu partager nos souvenirs encore tous neufs. Même en plein ciel, nous y étions toujours.

Je dirais même qu’à Zurich nous y étions aussi. Jusqu’à la séparation avec les belges. Déjà, dans le second avion, le décor à changé. Il n’y avait plus d’indien. Seulement un, que j’avais vu à Bombay. J’ai tenté de le retrouver en arrivant à Roissy. Juste pour lui souhaiter la bienvenue en France et pour discuter un peu… Comme un dernier lien qui nous rattachait à l’Inde… Et puis lui prodiguer un peu de ce chaleureux accueil qui nous a tant fait plaisir sur place. Il y avait bien des françaises que nous avions croisé à Bangalore, avec qui nous avons discuté, mais je me suis vite aperçue qu’elles étaient dans le même état d’esprit que moi : déprimées.

Déprimées à cause de ces paysages autour de Paris que nous venions de survoler, auxquels nous n’avions trouvé aucun charme. Déprimées à cause de l’ambiance morne de Roissy. Déprimées à cause du silence assourdissant.

Renard aussi n’était pas très bien mais il semblait aller mieux que moi. Jusqu’à ce que nous arrivions chez mes parents et que nous retrouvions nos marques et notre routine. Qu’avons nous à raconter? Des anecdotes, des histoires, mais toutes les sensations, les émotions, les ressentis, nous ne parvenons pas à les exprimer. Il faut y aller pour ça… Il faut y aller pour voir. Y aller et sans doute, revenir, même si c’est douloureux et pénible. Néanmoins ce retour est une horreur. Il y a toujours ce silence, cette ambiance triste et monotone. Je suis resté ici pour régler tous mes trucs internets, vadrouiller sur la toile, discuter avec une amie qui m’est chère, et puis c’est tout. Je ne sortirai pas, je ne veux pas sortir, je ne veux pas que ce retour devienne encore plus dur. Renard est reparti chez lui et il tourne en rond tout seul… On va finalement se terrer dans un bar où on sait que ce sera bruyant et vivant.

C’est hallucinant, parce que si je supporte moins la sollitude, Renard est un vrai solitaire. Il aime son indépendance, rester seul et n’a pas forcément besoinde quelqu’un pour etre bien. Pourtant il est a deux doigts de péter un plomb. Je crois que si nous en avions les moyens, nous reprendrions un billet dans quelques jours, histoire de recharger les batteries, et nous repartirions pour plus de temps. Pas indéfiniment parce qu’on sait que ce n’est pas un endroit ou nous pourrions vivre. Pourtant il y a cette attirance, cette sensation nette et précise d’avoir laissé un bout de nous-même là-bas.

Est-ce que l’Inde se nourrit de nous, au même titre que je me suis nourri d’elle? Pourquoi je ne me suis pas rendu compte avant de l’attachement si fort que je ressentais pour ce pays? Pourquoi maintenant?

C’est véritablement la première fois que je réagis comme ça a un retour, que je cède a un tel sentiment de nostalgie, que je rejette en bloc la France et tout ce qui y ressemble… Je ne veux pas rester ici. Pourtant j’étais plutot campagnarde moi, à aimer le calme, à détester la ville… Pourtant je retournerai à Bombay sans hésiter, un jour, demain, dans cinq ans… Je ne sais pas trop comment synthétiser cet état dans lequel je suis. Je me sens juste mal et vraiment pas à ma place…

Je crois juste que l’Inde, malgré la misère, malgré la pauvreté, malgré ceux qui se battent pour survivre, c’est la vie qui prime, toujours, à chaque instant, à chaque coin de rue. Les indiens débordent d’une énergie qui force l’admiration. Ils ont une espèce de rage de vivre… et la plupart du temps un sourire qui me fait fondre, parce que parfois je me demande comment est-ce qu’on peut garder le sourire quand on vit ce qu’ils vivent… Je ne les oublierai jamais. Je n’oublierai jamais les regards sombres et fiers, je n’oublierai jamais les sourires blancs ou édentés, je n’oublierai jamais les gentilles paroles…

Je dirais juste que c’est la vie. La vie à l’état pur. La vie qui nous explose à la figure.

Le reste ne peut paraitre que fade après…

Cauchemardesque

27 août 2008

C est un des qualificatifs que j utiliserais pour decrire cette semaine la. J ai deteste Cochin, parce que c etait trop touristique. Ca aurait pu aller si seulement on ne se faisait pas racoler (et arnaquer) par tous les ricksaws, commercants et restaurateurs… C en est devenu tellement penible que ca nous a vraiment gache  le plaisir, et on finit par etre desagreable pour qu ils nous foutent la paix…

Le bon point, c est que nous avons pu deguster des enormes Crevettes Tiger et des calamars directement achetes sur le port et cuits dans une gargotte un peu plus loin, le tout pour la maudite somme de 12 euros pour deux… Faut avouer que ca fait toujours plaisir. En dehors de ca, on en a ete reduit pour sortir un peu a faire des activites tres touristiques, mais neanmoins plaisantes, puisqu on a ete participer a un lavage matinal d elephants, et ca pour une bisounours comme moi ca vaut tres cher… Je raconterai sans doute ca plus tard.

Des que nous avons pu nous sommes partis dans les montagnes, dans une reserve d animaux, mais la encore, ca ressemble a un espece de parc disneyland. Heureusement nous sommes tombes sur un chouette rickshaw qui nous a fait visiter les jardins d epices et nous a emmene voir certaines vues panoramiques a couper le souffle. Il nous a emmene dans une boutique pour faire le plein d epices seulement parce que nous lui avions demande… Alors que bon, a Cochin on s etait fait bien avoir par un mec qui nous proposait un tour de la ville et nous a finalement traine dans des boutiques parce qu il y touchait une comission.

Bref, la montagne c etait chouette et reposant mais bon, on peut aussi aller dans les Alpes, c est quand meme moins loin et moins cher.

Finalement, on a decide de remonter sur Goa, qui etait touristique mais vraiment tranquille en tant que touriste, et avec une vie locale active et des gens vraiment chouettes… On va d ailleurs en profiter pour bien se reposer parce que Renard reprend le taff 4 jours apres le retour, et pour l instant ca a vraiment pas ete reposant.

Surtout que, jugez plutot, on est partis hier matin de la montagne, 5h de descente, une demi journee d attente a Ernakulam qui est une ville tres banale dans laquelle nous nous sommes juste un peu ballades (j en ai quand meme profite pour ramener un saree splendide a une amie dans un centre commercial ou il n y avait que ca, des sarees et des salwars, des plus sobres aux plus somptueux) avant de prendre le bus de nuit. Sauf que dans ces bus, il font aussi circuler le courrier, resultat on a les bagages aux pieds et j ai passe une nuit de merde… La nous sommes a Mangalore en attendant le train de 13h qui nous emmenera enfin a Goa ce soir. Autant dire que je ne reve que d une bonne nuit de sommeil.

Je crois que la connerie, c est qu en 3 semaines et demi on aurait du etre moins gourmands et voir moins d endroits. Sur trois semaines, on aura passe beaucoup de journees a attendre comme aujourd hui quand on atous nos bagages sur le dos qui nous empechent de trop vadrouiller, et pas loin de 7 nuits de bus ou de train… Autant dire que c est carrement stressant et en plus Renard se sent pas au mieux…

Voala voala, il est loin le formidable festival d Hanuman… J espere qu a Goa on retrouvera un peu de liberte et de tranquillite…

Et j attends avec impatience la Ganesha Chaturthi a Bombay, qui promet elle aussi d etre spectaculaire!

Bisous a tous,

Pepite.

 

22 août 2008

Bon. Nous avons fini par arriver en vie a Cocin, et croyez moi, c etait pas gagne.

Apres notre journee infernale a Bangalore, nous avons donc pris le train pour Ernakulam, juste a cote de Cochin.On a d abord attendu dans les Waiting Room de la gare. Il y en a deux, une pour les hommes, une pour les femmes. S il est possible pour les femmes d attendre avec les hommes, l inverse est en revanche tres mal percu et je crois qu un homme se ferait vite expedier dehors manu militari. Donc nous avons attendu dans les WR des hommes et je n etais pas la seule femme, ouf. Par contre nous etions vraiment les seuls blancs. Du coup, rien qu en ramassant nos affaires au moment de partir, nous avions des dizaines d yeux rives sur nous. J ai change mon sourire franc pour quelques sourires timides… C etait assez genant et intimidant a la fois…

En rentrant dans le train, grosse desillusion, on s attendait pas a un truc grandiose, mais la, sans lumieres, ca nous paraissait vraiment vraiment glauque. Finalement, ils ont allume les neons et c etait deja un peu mieux… Mais avec la nuit de merde que je m etais tapee dans le bus, j ai un peu dechante quand j ai vu que les couchettes, c etait juste du bois avec un demi centimetre de moelleux…Sur celle du bas, placee au niveau des fenetres, je me suis apercue qu il en manquait un, de carreaux… Finalement c est Renard qui s est devoue et a dormi en bas.

Finalement cette nuit a ete plus agreable que celle des bus. Les couchettes etaient dures, mais le train ne va pas forcement tres vite et est quand meme beaucoup plus stable. Je me suis reveille plusieurs fois mais j ai facilement reussi a ma rendormir. Jusqu au petit matin, a 7h et demi ou nous nous sommes arretes dans une gare. Au debut j ai cru qu il y avait des pretres hindous qui officiaientm j entendais des voix repeter des trucs de maniere assez lancinantes.. En fait, c etait pas ca, c etait les vendeurs ambulants de the, cafe ou beignets, qui passaient en repetant inlassablement : «  Tchai tchai! Tchai! Tchai Tchai!« 

C etait drole mais ca m a rapidement mis les nerfs en pelotte : Ben oui, comme on avait pas de carreaux, impossible de fermer la fenetre. Du coup parfois il restaient facilement 40 secondes (et 40 secondes ca peut etre tres long) a repeter le nom du truc qu ils voulaient vendre, et ce une bonne dizaines de fois… Une petite pulsion meurtriere s est emparee de moi, rapidement balayee par un fou rire nerveux.

Au bout d une heure, le train ne demarrait toujours pas et on finissait par s impatienter serieusement. Heureusement, a cote de nous il y avait une famille, celle d Arunkumar, un adorable gamin de 15 ans qui parlait assez bien anglais. Il y avait ses deux petites soeurs, deux cousines, un cousin, la mere et la grand mere (si j ai bien tout compris). Ils nous ont gentiment offert des gateaux, on a sorti les notres, on leur en a offert, et vice versa… Du coup, Arunkumar est descendu et nous a explique qu il y avait une greve des transports dans tout le pays, et que le train ne demarrerait pas avant le soir… J ai quand meme cru que j allais piquer une crise de nerfs, mais apres 10 minutes je me suis calmee et j ai fait comme tout le monde : j ai pris mon mal en patience et j ai attendu. Finalement les ouvriers ont ete chasses par les flics (sic) juste histoire de laisser demarrer les trains deja en marche… On etait quand meme soulages (honte sur nous) et du coup on  a vu les ouvriers remonter les escaliers en brandissant des drapeaux communistes.

Oui parce qu il faut savoir que le Kerala a un fort heritage marxiste, et il y apas mal de greves. C est aussi un etat assez riche ou les femmes sont tres bien scolarises : 88% de femmes scolarisees contre 40% dansle reste de l Inde. Idem pour la mortalite infantile, carrement plus basse, et pour l esperance de vie, plus haute d entre 5 et 10 ans selon le sexe. Avouez qu une bonne greve pour commencer la visite de cet etat s imposait!

On a vraiment vraiment pas de chance… Mais j etais quand meme contente de voir ca. En fait, nous l avons appris un peu apres, la greve etait generalisee dans tout le pays. En grps, les trains, les rickshaws et les taxis ne circulaient plus du tout, et les gens jettaient des pierres a ceux qui s y risquaient quand meme. Pas tres rassurant…

Apres avoir echange nos adresses, numero de telephone en promettant de leur envoyer la photo qu on avait prise d eux, nous avons dit au revoir a Arunkumar et sa famille et sommes descendus… un arret trop loin…

La gare ou on est descendus etait archi paumee et on a attendu trois heures un autre train qui nous rammenerait a Ernakulam Town… Finalement nous avons trouve des compagnons de galere avec qui discuter un peu en anglais, puis nous avons pris le premier train qui passait en sens inverse. Deja dans la gare, on peut passer sur les voies directement c est assez folklo et drole de voir tous gens se trainer avec leurs valises et se hisser sur le quai. Evidemment, prudence, mais moi j ai adore…

Nous sommes arrives a Ernakulam et avons attendu peut etre un peu moins d une heure pour avoir un rickshaw, qui, par peur des jets de pierre a speede comme un fou, et les routes sont vraiment tres mauvaises ici. A la fois ca fait un peu peur, mais on s habitue a tout je crois et si on veut se deplacer en Inde, autant se faire tout de suite a la conduite des chauffeur sinon on ne fait plus rien.

L hotel que nous avions choisi etait tres clean, clair et vraiment super propre. Pas de grand charme particulier mais je crois qu en voyant les draps frais et repasses, et le sol brillant de proprete, on s est senti mieux que dans un cinq etoiles…

La suite et moins interessante que Hampi (en meme temps comment faire mieux?) : je n aime pas trop Cochin. J aime les gens, les locaux mais quand ils ont quelque chose  vendre on ne peut pas faire un pas sans se faire alpaguer, il y a peu de cantines indiennes et beaucoup de restos avec plats europeens… et que des touristes. En gros, je suis pas venu si loin pour avoir cetteambiance Club Med. Je vous raconterai ca la prochaine fois.

Sinon deux petites choses qui m ont parue interessantes. A Bangalore j ai remarque trois transsexuels, cheveux longs, vetus de superbes sarees colores. Mais il etaient clairement nes hommes. Par contre, il m a semble que les gens se foutaient eperdument d eux et continuait leur route sans se preoccuper d eux… Je ne sais pas trop si ce transsexualisme ou ce travestissement signifie quelque chose…En tous cas, elles etaient belles…

Pour finir, les garcons sont beaucoup plus tactiles entre eux qu en france. Il n est pas rare de voir deux hommes bras dessus bras dessous. Ca encore on peut le voir en France mais il y en a aussi qui marchaient carrement main dans la main. Chose impensable en France entre des amis… Et ce, plus souvent chez les jeunes mais aussi chez les  »vieux » (60 ans quoi, c est pour ca que je mets entre guillemets).

Je suis desole, c est bien moins croustillant qu a Hampi, et les deux jours passes a Cochin ne valent pas grand chose… J espere avoir quelque chose a vous mettre sous la dent tres bientot!

Bisous a tous!

Pepite

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