Enregistré dans : Non classé — pepitedechoco @ 16:58
Tout d'abord, merci à tous pour vos petits commentaires. On se remet tout doucement Renard et moi. Nous sommes partis récupérer ses chattes chez ses parents mais la ville où ils vivent est un cimetière : plus mort tu meurs! Sans compter le temps qui nous fout encore le moral dans les chaussettes. On se laisse vivre en attendant, on attend juste que le temps passe, que quelque chose d'un peu gai nous tombe sur la tronche. Au moins en Inde, même quand il pleuvait à trombes d'eau, ce n'était jamais triste. On continuait à sortir, à ce mouiller, les gens gardaient le sourire, ce n'était jamais désagréable.
Tiens d'ailleurs, parlons en de la mousson! Peut-on m'expliquer par quels critères on estime que la vie d'un américain vaut plus que celle d'un indien? L'ouragan Katrina avait fait d'énormes dégâts aux US et même aujourd'hui on parle encore des conséquences. On nous en avait parlé tous les jours, matin, midi et soir. Et là, le Nord de l'Inde est ravagé par la mousson et les inondations, il y a de nombreux morts, ce n'est même pas encore fini et tout le monde à l'air de s'en foutre, comme si au final, sur le milliard d'indiens, une centaine de moins ça n'avait pas d'importance. Je suis furax, les “informations” ne m'avaient vraiment pas manqué, et ce connard de Sarkozy non plus. Bref, vous l'aurez compris je ne suis pas enchanté de reprendre mes marques en France… Sûrement pas dans ces conditions en tous les cas!
Sinon, je déménage lundi dans mon nouvel appartement, un joli palace de 15m² avec WC et douche au 6ème sans ascenseur avec DEUX FENÊTRES! Avouez que c'est le grand luxe :o) Non je plaisante je suis vraiment heureuse, je ne l'ai pas encore vu mais il est, parait-il, très gai et lumineux avec une superbe vue sur les toits de Paris. Ca fait son charme non? J'ai juste pas intérêt à oublier quelque chose à la maison et m'en rendre compte six étages plus bas! Allez, ça me fera les pieds! Et puis il est entièrement meublé, ce qui fait que je n'ai qu'à ramener mes fringues et de la déco, et c'est tout.
Je crois que depuis toute petite j'ai toujours rêvé d'avoir un chez-moi, un cocon où je puisse me réfugier, réfléchir, pleurer ou rêver, seule et loin du monde. Depuis un ou deux cette envie s'est faite croissante et je me suis aperçue que j'avais un besoin vital de cet espace qui est le mien. Pas l'appartement de Renard, ni chez mes parents non, une zone franche, un endroit où quand je dis : “je rentre chez moi/a la maison”, on ne me demande pas si je retourne chez mes parents ou chez mon mec. J'ai envie d'avoir mes petites habitudes, mes marques, mon rythme de vie. J'ai envie de commencer à me responsabiliser et apprendre à me débrouiller seul. Et à affronter la solitude aussi. Bref, ce petit bout d'appart était salutaire pour moi, et j'ai vraiment, vraiment hâte d'emménager.
Et puis il y a aussi le fait que je ne supporte plus ma vie telle que je l'ai laissé. Je me sentais seule, terriblement seule, un peu loin de tout, à toujours regarder en arrière, à toujours fouiller dans le passé. Et j'en ai marre de ça. Je veux regarder vers l'avenir, je veux vivre au présent, je veux arrêter de déprimer pour un oui ou pour un non. Les petites crises de nostalgie ça va un moment mais ça me pourrit la vie.
J'ai 19 ans, des rêves pleins la tête, la vie devant moi. J'ai tout à construire, tout à tracer, des parents qui ont les moyens de me soutenir financièrement et qui ne m'obligent pas à faire des études que je déteste. Je crois que je suis bien plus chanceuse que la moyenne, et pourtant mes copines qui galèrent ne serait-ce que financièrement sont bien plus combatives et plus optimistes que moi. Il est donc grand temps que je me sorte les doigts du cul, pour parler crûement. Et je crois que ce retour en Inde m'a appris pas mal de choses. Je sais que je suis trop geignarde et que j'attends trop que les choses viennent à moi, au lieu de me bouger pour qu'elles arrivent. Même en Inde, je comptais un peu trop sur Renard, et sur la fin j'ai fait pas mal d'effort, j'ai surmonté la gêne et la timidité pour plus aller vers les gens quand j'avais besoin d'aide. C'est pas encore ça mais j'y arrive doucement.
Ce que j'ai retiré de ce voyage aussi, c'est la patience. C'est cela, j'ai pris mon mal en patience. Par exemple, chaque voyage mettait le double de temps que ce qu'on mettait en France (quand tout allait bien). Quand je réalisais qu'on allait rester des heures pour attendre un train dans une gare, ou un bus dans une ville, ou encore simplement d'arriver à destination, j'avais toujours dix minutes d'énervement où j'aurais bouffé tout cru le monde qui m'entourait. Dix minutes durant lesquelles je devenais excécrable. Et puis après tout s'en allait et je faisais comme faisait les gens autour de moi : j'attendais. Et même mieux : je faisais des blagues, j'en rigolais, je dédramatisais, je restais sereine le plus possible et je souriais. Je crois que les indiens n'ont pas la même conception du temps. J'en voyais souvent sur le bord de la route, qui n'avaient l'air de venir de nulle part ni d'aller quelque part : ils étaient juste là et ils regardaient le monde tourner autour d'eux, les voitures et les bus passaient. Comme dans une sorte de contemplation, en laissant le temps couler doucement… Je ne sais pas ce qu'ils attendaient. Je ne suis même pas sure qu'ils attendaient quelque chose : ils étaient juste là, c'est tout. Et d'une manière plus générale personne ne s'énerve, pas même dans les bouchons. Ca klaxonne pourtant dans tous les sens, presque continuellement, mais les conducteurs restent toujours impassibles. J'ai fini par adopter ces habitudes là, celles d'attendre sans se prendre la tête, celle de se dire qu'on finira de toute façon par arriver et que s'énerver ne fera pas avancer les choses.
A ce propos j'aimerais vous parler du train. La première fois nous étions en Sleeper Class, une classe qui coute plutot cher à cause des couchettes et du rembourrages sur les sièges. On y respire et on est pas vraiment les uns sur les autres. En fait ce que j'ai surtout adoré, c'est la deuxième fois que nous l'avons pris.
Situation : Nous revenions de Cochin et des montagnes que nous avions moyennement appréciés et nous voulions remonter à Panaji, la ville où nous étions dans l'état de Goa quelques semaines auparavant. J'étais heureuse de retrouver Panaji, on avait presque l'impression de rentrer à la maison. Nous avons été jusqu' en bus jusqu'à Mangalore, ville sans aucun charme ni intêret (à première vue, moi finalement j'ai pas détesté) pour continuer en train. On avait choisi le train parce que le Routard indiquait 5h de route en partant en début d'après midi de route tandis que le bus en mettait 9 en partant le soir vers 21h. Le choix était vite fait. On a pas mal poireauté, comme toujours, avec tous nos bagages et on est monté dans le train une heure en avance. Nous étions en seconde classe, celle la plus basse et la moins chère. Pourtant à première vu ça nous paraissait tout à fait honorable et pas vraiment différent de la sleeper. La différence étant que les banquettes étaient en bois. On a cru s'être trompé, mais finalement non. On a donc pris place sur celle une personnes, qui se font face, pour éviter la foule sur les banquettes plus grandes. Les gens ont fini par monter et on a démarré.
Déjà, les trains indiens sont très lents et ne doivent jamais aller au delà de 70km/h. L'avantage c'est qu'on peut admirer les paysages sublimes par les fenêtres, à travers les barreaux. Moi je n'en avais pas de barreaux, alors parfois je passais carrément la tête et je prenais l'air. Si vous en avez marre d'être assis, vous pouvez aussi bien rejoindre les portes d'entrées qui restent toujours ouvertes et vous asseoir à même le sol (pas de soucis pour l'hygiène, là-bas j'ai abandonné ma parano d'occidentale, c'était mieux pour ma santé mentale) les pieds sur les marches et avoir une vue complète sur le paysage qui défile. A condition d'être prudents évidemment mais bon, je crois qu'il faut vraiment en vouloir pour tomber.
Ensuite il y a a peu près tout ce dont on a besoin pour des prix très avantageux : samossas (hyper bons, j'ai fini par craquer!), plats chauds, boissons, tchaï et trucs à grignotter en tous genres, le tout ammené et annoncé par les marchands ambulants qui se relayent de gare en gare. C'est parfois un peu stressant et ça pousse à la consommation à mort mais c'est drôle! Laissez vous tenter si vous y aller parce que c'est finalement assez bon et bien servi.
On finissait toujours par discuter un peu avec les indiens autour de nous (faut dire qu'on était les seuls blancs). A un moment, on a même discuté avec un mec qui nous a dit que le train ne mettait pas du tout 5h mais plutot 9… On avait juste super mal aux fesses à causes de ces cruelles banquettes, mais on a patienté, comme toujours. Renard était un peu plus stressé quand même.
Une ou deux heures avant d'arriver à Margao, à trente kilomètres au sud de Panaji, là où on devait descendre, le train à commencé à se remplir à chaque fois un peu plus au fur et à mesure qu'on remontait. On a finalement rapidement compris pourquoi : le train remontait jusqu'à Bombay (ouille, les fesses!!) et les gens aussi du coup, pour assister à la Ganesha Chaturthi. On se déplaçait littéralement de toute l'Inde pour rejoindre la capitale du sud et fêter le Dieu à tête d'éléphant. Pensez donc, on était drôlement contents d'assister à ce festival national immense. Pour finir, on l'a eu dans le cul : la fête de Ganesh commençait le 3 Septembre, pour durer douze jours. Devinez quel jour on est partis? Le 3! A une heure du matin. Je l'avais bien dit qu'il fallait repartir le 4 : Renard n'a jamais rien voulu savoir (genre il reprend le boulot le lundi d'après donc il veut souffler un peu! Sans déconner merde, c'est la Ganesha Chaturthi!!). Enfin bref, à ce moment là on le savait pas donc on se réjouissait d'avance.
Autour de nous c'était étonnant, éclectique, vivant, un joyeux bordel où tout le monde gardait sa bonne humeur. Il y avait de jeunes indiens, habillés en rappeurs américains, très sympas, et puis des femmes en saree et en salwar kamiz, des hommes en doty (drap mis comme une jupe longue! Je vous raconte pas les jolis fesses que ça fait quand ils les remontent!) ou vêtus à l'occidentale, des gens d'à peu près toutes les classes du coup : les trains étaient complets, c'était donc le système D. J'ai partagé ma place avec une femme adorable que j'avais cru enceinte au premier abord. En fait, c'était pas du tout le cas (elle était pourtant très fine, mais le saree tombait bizarrement sur le ventre!) mais ça a eu l'air de la faire rire plutot que de la vexer. Elle était belle, devait avoir à peu près 35 ans et avait déjà 4 enfants. Elle parlait un anglais parfait avec un bon accent (elle travaillait dans le tourisme) et je la comprenais assez bien. On a parlé une bonne demi heure et Renard avait cédé sa place à une femme plus vieille qui devait être sa mère : elle ne parlait pas anglais, mais les sourires parlaient d'eux même, comme toujours. Elle était un peu mon ange gardien, et me disait de faire attention à moi, à mes bagages et à mes passeports. Elle était très tactile et je le suis aussi, on se touchait donc naturellement les mains ou les épaules et quand on devait se serrer un peu plus, on rigolait, on était complices, l'espace d'une demi heure. Elle m'a appris à demander un prénom en hindi et m'a dit de tenter sur Renard, qui a tiré une drôle de tête (et n'a évidemment rien compris), ce qui nous à fait partir dans un grand fou rire. Je ne pourrais pas dire : avec elle, comme avec beaucoup de gens, les choses les plus simples étaient les plus belles, les plus appréciables, les plus drôles.
C'était quand même intimidant parfois. Par exemple quelques heures plus tot le train s'était arrêté une bonne demi heure et nous étions descendu à tour de rôle pour fumer une clope avec l'avocat. Quand ça a été moi, je me suis aperçu que j'étais quasi la seule femme parmi tous les hommes descendus du train, et surtout j'étais la seule à fumer. Je me sentais un peu observée et je me suis un peu sentie oppressée. Mais il y avait aussi deux mômes, un garçon et une fille, qui me fixaient par la fenêtre en souriant. Ils adoraient Renard aussi et étaient assez farceurs.
Bref, toute cette agitation conviviale à fait qu'en descendant à Margao, même si mon postérieur demandait grâce, j'étais vraiment vraiment très déçue de quitter cette ambiance que j'aimais tant. Pourtant à notre gare qui était assez grande, c'était la débandade : vous vous êtes déjà retrouvés à Paris un jour de grève sur la ligne 4? C'était ça, à peu de choses près : tout le monde voulait monter en même temps, évidemment sans laisser descendre personne. Quoique, lorsqu'il s'agit d'une place assise pour les 13h de voyage qui restaient jusqu'à Bombay, je trouve ça plus que lorsqu'il s'agit d'un bout de place pour dix stations de métro. Mon petit ange gardien (dont j'ai oublié le nom, j'ai déjà du mal avec les prénoms français donc les indiens…) m'a passé les bagages les plus petits par la fenêtre, et nous nous sommes serrées la main, avec sa maman, de façon très chaleureuse et émue. Je me suis éloigné à regrets du wagon et j'ai ramassé mes affaires…
Je ne vous parle même pas des paysages absolument sublimes et déroutants : des camaïeux de verts, du plus sombre au plus clair, quasi fluo lorsqu'il s'agit des rizières, avec souvent ces eaux stagnantes comme des tâches au milieu de l'herbe tendre… Sans compter les milliers de cocotiers qui frangeaient ses paysages de carte postale…
En plus, quand nous passions dans des zones où il y avait des gamins, le train était accueilli à grands cris, à grands saluts de la main. Je crois que ça reste, de loin, le transport le plus populaire, le plus convivial et le plus chaleureux de l'Inde. Et qu'il faut vraiment le faire au moins une fois : on en apprend beaucoup sur les gens…
J'ai pris avec l'appareil photo quelques vidéos des paysages (pas des gens, j'ai pas osé) pour vous donner un idée de ce qu'on a vu.
Rhalala, l'attérissage est vraiment difficile. Mais finalement tout va bien, j'y retournerai tôt ou tard, ce n'est qu'une question de temps.
Voilou pour les nouvelles, j'espère que cet épisode du train vous aura plu :o)
Des bises,
Pépite